Restauration et réhabilitation de l'église Saint-Pierre Saint-Paul

Un site très contraint – agression et statu quo

Les deux parcelles aux formes étranges sur laquelle l'église est implantée sont le résultat d'une tension entre le bâti moderne proliférant et agressif et l'édifice ancien amputé et sauvé in extremis de la démolition totale. La ligne de démarcation, la frontière entre ces deux logiques qui se sont affrontées alors donne aujourd'hui la délimitation possible du projet en plan, et la limite du volume possible à réaliser, en fonction des règles urbaines imposées. Au delà des règles, le voisinage immédiat jouit d'un certain espace, de vues dégagées qu'il est impensable, aujourd'hui d'oblitérer. Le projet s'inscrit de facto dans cette triple logique dont il faut bien comprendre les origines et les enjeux.

Le respect de l'édifice ancien

Le quatrième facteur est l'église elle-même, formée de ses différents vestiges, de ses différents éléments aux échelles dissemblables, de la charpente du clocher jusqu'aux dessins des chapiteaux en passant par les liernes et tiercerons de la croisée du transept. La logique d'inscription du projet tient compte de cet ensemble en tant que vestige, en tant qu'objet incomplet, mais aussi dans les principes qui préexistaient avant l'agression, en tant qu'objet entier formé de ses différentes composantes : nef – voûte – charpente – couverture. La recherche de cette complétude, et le respect des proportions de l'église, comme le principe de souligner et de mettre en valeur les éléments architectoniques des vestiges sont la véritable logique d'inscription à respecter.

Un enjeu urbain majeur

Ce projet est, par delà sa taille réduite, d'une grande portée symbolique. Sa petite emprise pourrait laisser imaginer un projet de peu d'envergure voire insignifiant à l'échelle de la ville. Il n'en est rien, tout au contraire, sa position urbaine au centre de Colombes est remarquable et sa valeur de comblement d'un manque est considérable. Rarement est donné l'occasion de restituer une fonction à un édifice partiellement détruit. La Ville a su saisir la chance de travailler cette partie de ville, d'opérer une couture du tissu urbain, de réparer un vestige ouvert à tous vents. C'est bien de réparation qu'il s'agit, d'une réparation symbolique d'un membre fantôme, de cette nef et de ce chœur disparus, mais encore présents dans la mémoire des anciens. Car il s'agit bien d'une ruine et de la perception négative qu'elle véhicule. Effacer, du moins en partie, cette perception de ruine est un des enjeux de l'intervention.

Un objet complexe – une trinité

L'idée est donc de substituer à la ruine un «ensemble d'objets », un ensemble inachevé, puisque l'église est constituée d'éléments coupés, rognés, et donc de fait incomplets. Cet ensemble, constitué en « trinité » établissent des relations entre ces parties. Relations formelles entre la croisée de transept et la couverture, relations entre les boîtes traduites par les panneaux de façades et les baies ouvertes des travées, relations entre les panneaux de façade et la couverture projetée. Il n'y a donc pas ici recherche d'unicité, ni d'effacement complet de la perception de la ruine, mais dialogue entre ancien et contemporain et évocation des parties disparues.

Lieu : Colombes, Hauts-de-Seine

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Colombes

Maîtrise d’œuvre : Daniel Cléris et Jean-Michel Daubourg architectes mandataires, Suzanna Guenego architecte du patrimoine, Les Crayons scénographes, Patrick Hoarau graphiste, signalétique, Gerald Karlikow concepteur lumière, BMI : BET structure, Choulet : BET fluides, électricité, HQE, SSI, General Acoustics : BET acoustique, SEREB Concept : économiste.

Programme : Lieu d'expositions temporaires en accès libre

Surfaces : 120 m² SHON

Coût : -

Livraison : concours 2017